Hatuey, cacique d’Haïti, est un héros à Cuba

Il ne s’était écoulé que très peu de temps après l’arrivée de Christophe Colomb et de ses compagnons en 1492, que déjà débutait la grande tourmente de la population indigène d’Haïti, les Arawaks. Le désarroi et le désespoir provoqués par le travail forcé et éreintant, les maladies importées d’Europe, la tuberculose notamment, la variole et l’extrême brutalité des conquistadores, pourtant reçus auparavant avec beaucoup de cordialité par les insulaires, avaient atteint une telle ampleur que la marche de ce peuple vers l’extinction totale était désormais irréversible. Quelques années ont en effet suffi pour que soit complété l’infernal processus, ce qui fait dire qu’il s’agit de « l’un des génocides les mieux réussis dans l’histoire de l’humanité ». Toutefois, à quelques encablures des côtes d’Haïti, un rescapé de cette terrifiante tragédie, le cacique Hatuey, prit à Cuba la tête d’un formidable mouvement de résistance - la première guérilla de l’île, dit-on - pour barrer la route à Diego Velasquez de Cuellar et son lieutenant Hernan Cortés, chargés de prendre possession de l’île. Pourtant ce héros, vénéré dans l’île voisine et dont les exploits se retrouvent dans les manuels d’histoire nationale, est, non sans quelque paradoxe, pratiquement méconnu en Haïti, sa terre natale. 

Hatuey était un Indien de la famille linguistique arawak dont les Taïnos -signifiant « hommes pacifiques, gens de bien -, constituaient une composante. Né à Quisqueya Haïti et y ayant vécu jusqu’à la période de conquête progressive de l’île, il appartenait à l’une des grandes « familles royales » puisqu’il était lui-même un cacique de niveau local. Après avoir résisté et livré bataille aux conquistadores d’Hispaniola, il se réfugia à Cuba en compagnie de ses aides de camp, à l’extrême Est de l’île, plus précisément dans ce qui allait faire partie, longtemps plus tard, de l’actuelle province d’Oriente.

Face à des adversaires puissamment armés, rompus aux dernières techniques militaires à l’œuvre en Europe à l’époque, le cacique a su adapter sa stratégie et ses armes presque « dérisoires » aux conditions du terrain, afin d’atténuer un rapport de force nettement inégal. La région du campement espagnol, proche du futur site de Baracoa a été particulièrement soumise à d’intenses raids à la fois téméraires et de plus en plus audacieux. C’est donc au cours de l’un d’eux qu’Hatuey tomba dans un guet-apens. À l’époque, on disait que les rebelles devaient être purifiés par le feu. En conséquence, le courageux cacique serait conduit au bûcher et brûlé vif. Avant de mettre le feu au bûcher, alors que le cacique taïno était solidement attaché au poteau, un religieux de l’ordre de Saint-François l’exhorta à mourir en chrétien et à demander le baptême. Le cacique demanda si vraiment les chrétiens allaient au ciel et si les âmes des Espagnols qui s’affairaient à le brûler y allaient aussi. Comme le prêtre répondit par l’affirmative, alors Hatuey précisa qu’il ne voulait pas aller au ciel pour ne pas les rencontrer. Cela s’est passé un 2 février de l’année 1512 à Yara, à Cuba.

Le chef indien taino Hatuey, venu de Quisqueya, est une figure légendaire, dont tout le monde connait les exploits. Les Cubains rappellent qu’il s’agit d’un cacique venu d’Haïti Quisqueya. Trop longtemps méconnu sur sa terre d’origine qu’il a d’abord défendue avant de porter la lutte à l’île voisin, c’est sans doute ce constat qui a porté l’auteur Guanahata Ben Emmanuel à faire, dans « The Forgotten Haitian Cacique » (Le Cacique haïtien oublié), un vibrant plaidoyer en faveur du chef taïno oublié ou méconnu dans sa terre d’origine. La seule mention du cacique vient de l’équipe de football (soccer) de Port-au-Prince fondée le 13 July 1935. Le Club Bacardi, ajouta Hatuey à son nom pour s’appeler BACARDI HATUEY, le fit sans qu’on ne sache alors les raisons d’une telle appellation.

Lemarec Destin. 2012

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